lundi 21 avril 2014

Lire, encore et encore...

Les premiers échanges lors de la  réunion du 14 avril ont concerné cette fois un film diffusé à la télévision : La couleur des sentiments, adaptation du roman de Kathryn Stockett pour lequel nous avions manifesté un coup de coeur lors de la précédente réunion. Tout en reconnaissant au film une indéniable fidélité à la trame et à l'esprit du roman, nous étions plusieurs à regretter que certains des personnages importants parmi les bonnes noires aient tant perdu de leur densité et que le réalisateur n'ait pas su mieux tirer parti du suspense qui tient le lecteur en haleine jusqu'au bout : le livre de témoignages des bonnes verra-t-il le jour dans le contexte dangereux de ségrégation raciale qui règne encore aux Etats Unis autour de 1950?
Réparer les vivants, le roman de Maylis de Kérangal a ensuite mobilisé l'attention . Cette histoire de transplantation cardiaque a touché chacune. La mort accidentelle d'un jeune homme de 20 ans ne peut être perçue que comme un scandale dont la brutalité fait peur, même si son coeur permet de "réparer une vivante" en survie...
Même si l'auteur, dans une langue magnifique, réussit à évoquer le choc de l'annonce chez les parents, la sidération qui l'accompagne, la douleur des décisions à prendre, l'enjeu est manifestement ailleurs pour elle.Comme dans Naissance d'un pont, mais de manière encore plus aboutie et dans une tension dramatique plus grande, elle nous entraîne dans le récit d'une aventure humaine collective pleine de risques  dans laquelle chacun a un rôle crucial à jouer . Ce roman a quelque chose de musical dans sa composition ; les personnages, parfaitement identifiés, interviennent successivement, dans des tempo différents pour coopérer à la réussite de l'oeuvre commune . C'est magnifique, dramatique mais si fortement enracinée dans l'amour de la vie . Coup de coeur rouge unanime.
Changeant complètement de genre , nous avons ensuite échangé sur Un paradis trompeur de Hennig Mankell qui nous fait traverser le pont entre ses 2 univers de vie : la Suède et l'Afrique . L'auteur nous plonge dans un premier temps dans le contexte de misère absolue, voire de famine , d'un village suédois au début du 20ème siècle. Pour sauver une de ses filles, Hanna, une mère la contraint au départ vers un port... Ignorante de tout Hanna va se retrouver sur un vapeur en route vers l'Australie et vivre une série de hasards , (de chances?) qui lui permettront de survivre en dépit des deuils en débarquant en Afrique où elle découvre les réalités d'un univers dont elle ne sait rien. Elle s'affranchit des préjugés de sa communauté de blancs mais le paie de son isolement.
Mankell nous décrit ici un apartheid qui ne choquait pas grand monde à l'époque et nous dessine un portrait féminin d'une grande force.
Le troisième livre s'inscrit dans notre souci de diversification de nos lectures : L'Africain de Nantes de
Michèle Colin-Veillon, en large vision. Un roman documenté et facile qui nous rappelle l'implication de Nantes dans le commerce triangulaire et la traite des noirs ; il attire l'attention sur l'attitude de l'Eglise au 18 et 19ème par rapport à ce problème et sur le sort des esclaves éduqués.
Bien d'autres livres sont en cours de lecture, en particulier, 3 romans sélectionnés pour le Prix 20014 des lecteurs du Télégramme.
Prochaine réunion le 19 mai à 14 heures.

mardi 15 avril 2014

Un air de printemps à la bibliothèque

La saison donne des envies de couleurs, d'espace, c'est sûr.
Pour les couleurs, il a été très facile d'afficher à la bibliothèque les poèmes écrits et illustrés par les enfants ayant participé au Concours de poésie dans lequel ils ont fait merveille (3 lauréats dans la commune!); nous l'avons déjà signalé. Les contraintes de la photographie et de la disposition ne permettaient pas la mise en valeur d'un ensemble qui le mérite pourtant.Certains lecteurs de la bibliothèque l'ont constaté eux (elles) aussi et ont exprimé leur étonnement admiratif devant ces productions d'enfants.





Pour l'espace, c'était plus difficile : impossible en effet de pousser les murs! Qu'à cela ne tienne, Isabelle et Nicole ont poussé le mobilier et il est indiscutable que le coin "adultes" s'est agrandi ...

mercredi 2 avril 2014

Des coups de coeur tous différents...

Fidèles au rendez-vous, les fans de livres se sont retrouvées à la bibliothèque le lundi 24 mars, ravies d'échanger sur leurs dernières lectures.
Toutes ont été passionnées par La couleur des sentiments de Kathryn Stocket qui a rencontré un vrai succès aux Etats Unis avant d'être traduit et porté à l'écran.
Cette fiction, nourrie par la réalité douloureuse de la ségrégation raciale et le cortège d'injustices et de violences qui l'a accompagnée, nous ramène en 1962, dans le quotidien de deux mondes qui se côtoient dans une petite ville de l'état du Missouri : le monde des blancs, des maîtresses de maison, et celui des bonnes noires qui les servent et élèvent leurs enfants. Au centre, une blanche qui se cherche après ses études et s'étonne de n'avoir aucune réponse concernant la disparition de la bonne noire qui s'est occupée d'elle pendant toute son enfance et au-delà. Dans le plus grand secret, elle entreprend de donner la parole à ces femmes que la peur des représailles a rendu muettes, dans le cadre d'un livre. Le risque est grand et l'effet de suspense tout à fait réussi jusqu'au bout du roman. Le talent de l'écrivain tient à sa capacité à tisser, comme dans la vie, drame et drôlerie, à travers  une série de portraits parfaitement dessinés et l'évocation très réaliste d'une société arc-boutée sur ses certitudes et privilèges.
Tout autre est le livre de Pierre Lemaître, Cadres noirs. C'est la curiosité qui nous a orientées vers ce polar du lauréat du Prix Goncourt pour Au revoir là-haut.
Alain Decambre, le personnage central, ex-brillant DRH qui présidait aux destinées de deux cents employés dans une grande entreprise, doit à 57 ans se lever avant l'aurore pour aller remplir des caisses de médicaments pour un demi SMIC. Comment continuer sous le regard de sa femme et de sa fille qui le blessent plus que tout. Quand il apprend que son CV a été retenu par le recruteur d'une grande entreprise, il est prêt à tout, même à jouer un rôle de recruteur dans une odieuse mascarade ... C'est une satire sans concession du monde des grandes entreprises capables de s'autoriser toutes les fantaisies pour "pimenter" un recrutement. Un thriller qui attire l'attention sur le destin d'un gagnant des années 1980, laminé et jeté en 2010 qui nous embarque dans une intrigue où la revanche a sa place.
Dernier coup de coeur: Le quatrième mur de Sorj Chalandon, Goncourt des lycéens en 2013.On ne sort pas indemne de cette lecture-là qui nous plonge au coeur des violences de tous bords du conflit libanais.

Georges, le personnage principal, se voit confier une mission par son ami grec malade, un utopiste passionné de théâtre et de paix : monter Antigone d'Anouilh, à Beyrouth, en associant tous les protagonistes du conflit.
On est à deux doigts du miracle mais tout explose et Antigone/Imane perd la vie à Chatila.
Georges, fracassé après ce qu'il a découvert de lui-même au cours de l'ultime attaque ne parvient plus à rejoindre en France une vie dans laquelle sa fille pleure pour une glace au chocolat tombée dans la poussière...
Ce livre bouscule nos certitudes et dérange à certains égards : la violence est tapie en chaque homme et personne ne peut se sentir tout à fait innocent. Il nous revient toutefois de faire de la culture un (fragile?) rempart et du théâtre une expérience de partage et de résistance :"Ils n'ont pas tué Antigone"...
D'autres livres terminent leur parcours, En finir avec Eddy Bellegueule commence le sien.
Prochaine réunion le 14 avril à 14 Heures.