mercredi 12 février 2014

Il pleut... On lit !

Les lectrices du Club se sont réunies une nouvelle fois lundi 10 février pour partager leurs lectures et  Marielle, bibliothécaire à Bannalec, nous avait rejointes à cette occasion.
Plusieurs livres avaient terminé leur tour de piste ; lus par toutes, ils  faisaient ce jour-là  l'objet d'échanges approfondis et de votes.
Les faibles et les forts de Judith Perrignon fut le premier sur la sellette. Ce roman nous entraîne dans une Amérique en proie aux luttes liées à la conquête des droits civiques par les noirs qui, alors qu'ils ne sont plus des esclaves, sont toujours absolument discriminés, sans accès possible aux lycées réservés aux enfants blancs. Pour la même raison, les noirs n'ont pas appris à nager : les bassins des piscines leur sont interdits.
Par un après-midi caniculaire, 2 familles noires prennent la route pour profiter de la fraîcheur du fleuve : le moment de plaisir attendu se transforme en drame pour 6 enfants, compagnons de jeu et solidaires...
Le livre,unanimement jugé intéressant en raison de son thème et du choix de l'épisode raconté (un fait divers qui témoigne  de l'histoire du pays), reçoit un coeur vert : l'écriture, efficace, laisse le lecteur dans la distance plus que dans l'émotion. Survivance du passé professionnel de l'auteur venue du journalisme ?
Il fut ensuite question de La nuit en vérité de Véronique Olmi. Il s'agit cette fois d'une tout autre histoire, celle d'un étonnant couple fusionnel entre une trop jeune mère célibataire, "toujours dans les vingt", et son fils au seuil de l'adolescence. Femme de ménage apeurée, humiliée, disposant d'une seule pièce, dans un appartement luxueux de marchands d'art, toujours absents mais susceptibles de réapparaître au milieu de la nuit en exigeant que tout soit en parfait état de marche. Pas d'amour, en dehors de celui qu'elle porte à son fils, dans son univers encombré par de multiples tâches ménagères dépourvues de sens. L'enfant grandit dans la difficulté, sans ancrage  (sa mère refuse de lui communiquer toute information relative à son histoire), quasi obèse, il est le souffre-douleur de ses camarades de classe dans le collège huppé qu'il fréquente. La conquête d'un espace personnel, dans un débarras, l'échappée dans la lecture, l'imaginaire vont lui permettre d'amorcer la séparation d'avec cette mère dont il adore le rire... Là aussi, un roman jugé intéressant par toutes mais qui a inégalement touché les unes et les autres.
Ce fut ensuite le tour de Les anges meurent de nos blessures de Yasmina Khadra. Unanimité cette fois pour  attribuer un coeur rouge à ce récit d'une vie ratée dans l'Algérie d'entre les 2 guerres. Le roman met en scène l'itinéraire particulier d'un gamin de milieu très modeste, que les images de luxe, de réussite d'un certain occidentaux, font rêver. Son efficacité dans la bagarre le fait remarquer et il devient boxeur, adulé mais seul le regard de la femme qu'il aime lui importe. Trop pur pour ce milieu où la Mafia exerce son pouvoir , il paiera cher le fait d'avoir voulu croire que sa valeur ne se limite pas à celle de ses poings . Roman noir et solaire à la fois (nous sommes en Algérie!), cette histoire peut aussi toucher un public masculin.
La dernière fugitive de Tracy Chevalier a, quant à lui, suscité un enthousiasme unanime. Nous suivons en Amérique, à la fin du 19ème siècle, Honor, une jeune Quaker anglaise qui accompagne sa soeur fiancée à un colon de leur communauté qu'elle va rejoindre dans l'Ohio. Cette soeur étant victime de la fièvre jaune, elle va devoir faire son chemin seule dans un monde dont elle doit tout apprendre...L'aide ne lui vient pas forcément des membres de sa communauté sévère et rigide et c'est Belle la modiste, une femme libre et authentiquement généreuse, qui l'accompagnera le mieux. Honor découvre très rapidement le problème des esclaves fuyards en route vers le Canada, complètement dépendants de l'aide des bonnes volontés qu'ils rencontrent. Elle va braver les interdits pour être fidèle aux principes d'honneur et d'humanité de sa foi, tout en prenant ses distances par rapport à sa communauté. Pour Honor, le devoir de générosité et de respect envers un autre être humain, noir ou pas, est un impératif absolu.
Le roman est riche, il nous présente un itinéraire de vie de femme dans un univers que nous découvrons (les règles de vie d'une austère communauté , la tradition des quilts...) mais son affirmation personnelle à travers ses choix, suscite une vraie émotion .
Marielle nous a ensuite présenté Réparer les vivants de Maylis de Kérangal, une intense histoire de transplantation cardiaque qu'elle nous a vivement donné envie dedécouvrir.
D'autres livres sont toujours en cours de lecture (Le quatrième mur de Sorj Chalandon, Esprit d'hiver de Laura Kashiske, Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieusec et d'autres encore!)
Prochaine réunion le Lundi 24 mars, 14 heures à la bibliothèque.


qui